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« Sleeping water » : Saburo Teshigawara danse l’instant

par Véronique Giraud
Sleeping Water, création Saburo Teshigawara © Mariko Miura
Sleeping Water, création Saburo Teshigawara © Mariko Miura
Arts vivants Danse Publié le 11/02/2017
Les spectateurs du théâtre des Salins de Martigues ont pu assister le 9 février à la première mondiale de "Sleeping Water", création de l'un des plus grands chorégraphes contemporains, Saburo Teshigawara. Où le temps et l'espace, objets précieux du chorégraphe, se suspendent étrangement.

Qu’en est-il de nos sensations, de nos rapports au silence, de nos réactions à la musique, au froid, au chaud ? Quels effets ont nos passages de l’ombre à la lumière, ou d’un monde à un autre ? Ce sont ces émotions, ces réactions que Saburo Teshigawara est parvenu à chorégraphier. Transcrire avec le corps ce que notre visage rend facilement visible est une gageure. C’est pourtant ce qui surgit des mouvements des cinq danseurs de la pièce Sleeping Water, qui a été créée à Martigues le 9 février dernier, au théâtre des Salins.

En observant la précision extrême des corps, on ne doute pas que ce titre tient d’une réflexion aboutie, L’eau dormante. La juxtaposition des deux mots tient du paradoxe. Et c’est précisément la curiosité de « voir comment ces deux mots, qui n’ont aucune logique entre eux, fonctionnent ensemble » qui a inspiré Saburo Teshigawara pour cette œuvre. C’est elle qu’il a partagée avec ses danseurs et qui a nourri leurs gestes, elle qui a guidé son collage de morceaux de musique très éclectiques, ses jeux d’ombre et de lumière, d’opacité et de transparence.

 

Drôle de titre. Sur scène, l’énergie des danseurs juxtapose fluidité et secousses vibratoires, leurs chutes semblent retenues, avant que leurs corps soient soulevés par une mystérieuse attraction. « J’ai discuté avec les danseurs de la question de la réalité, de l’irréel. Le paradoxe est très réel, la contradiction exprime au plus près notre réalité. J’aime ce qui est derrière un visage qui sourit, ou qui pleure. C’est peut-être un jeu. Je ne sais pas. Est-ce seulement positif ? Seulement négatif ? C’est toujours un peu ironique. »

Le chorégraphe japonais ne dicte pas par la forme. Cet amoureux fou de liberté n’impose pas une vision, il s’accompagne de danseurs dont le corps et l’esprit sauront suffisamment s’échapper pour vivre l’instant. En solo, ou en duo. Rihoko Sato, qui danse avec lui depuis vingt ans, décrit le processus : « Avant tout, la musique est importante, la façon dont elle nous influence. La lumière aussi. Ou encore que nous ressentons quand il fait très noir, quand nous avons froid, ou mal. » Les mouvements dansés ne sont pas seulement le produit d'une représentation imaginaire des sensations, ils sont surtout l'expression de ce que le corps ressent au plus profond, réagit. « Il ne s’agit pas pour nous de dire les choses correctement, comme on peut le faire avec les mots. Nous tentons d’avoir la même qualité par le mouvement et la danse, sur scène. »

 

Le temps suspendu. « Je pense que Saburo ne crée pas juste une chorégraphie mais qu’il crée le temps. Il fait le vide pour nous, de façon à ce que nous ressentions une sorte de flux du temps à l’intérieur de ce qu’il crée avec la musique et la lumière. Je n’ai donc pas besoin de calculer combien de minutes je dois être là, je le ressens avec les changements de musique ou de lumière. Je peux sentir la construction du temps, la stabilité ou le changement soudain. C’est très mystérieux. » Les corps se déchaînent, les solos expérimentent l’instant, avec une intense concentration, mais des gestes amples dont la course peut s'arrêter net et faire place à un rythme saccadé. Dans l'espace savamment éclairé, la lumière tient son rôle. Parfois, les transparences lumineuses de chaises, de tables, ou de carrés, viennent rappeler l’au-dessus, puis disparaissent. La lumière fait apparaître les danseurs subrepticement, puis disparaître, il en est ainsi de la vie. L’apparente fluidité des corps a un côté irréel, les choses sont vécues de l’intérieur. « C’est la sensation, l’émotion à la musique, à l’humeur, qui guide nos mouvements ». À plusieurs reprises, les corps viennent tomber avec grâce avant de s’échapper en un éclair. C’est un voyage mental des sensations de vie que nous propose Saburo Teshigawara et, si on accepte de sortir de soi, cela fait un bien fou.

 

Sleeping Water, les 9 et 10 février au théâtre des Salins 13000 Martigues. Conception, chorégraphie, scénographie, création lumière, création costumes : Saburo Teshigawara. Danseurs : Saburo Teshigawara, Rihoko Sato, Eri Wanikawa, Rika Kato, Maria Chiara Mezzadri, Junya Okazaki.

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