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13 novembre : Thomas Zaruba le piano pour résilience

par Pierre Magnetto
"Hallelujah, c'était pour dire au revoir aux personnes disparues" lance Thomas Zaruba © Mira/Naja
Thomas Zaruba, de la publicité digitale au piano. © Margot Montigny
Thomas Zaruba, de la publicité digitale au piano. © Margot Montigny
Thoams Zaruba :
Thoams Zaruba : "Heroes était dédié aux survivants, à l'avenir. © Mira/Naja
Hors-Champs Croisement Publié le 15/11/2017
Parfois, les coïncidences laissent des traces indélébiles. Le 13 novembre 2015, Thomas Zaruba aurait dû dîner au Carillon à Paris. L’histoire n’a pas voulu qu’il en soit ainsi. Il ne figurera jamais sur la liste des victimes ou des rescapés des attentats, mais le choc n’en a pas moins été très fort. Cadre dans une startup prometteuse, Thomas a tout laissé tomber, pour se mettre au piano.

Du jour au lendemain tourner la page, quitter l’univers des startups, ne plus aller travailler à la Défense, changer de vie pour jouer du piano, et encore jouer du piano, sans savoir où ça le conduirait. C’est le choix subit, brutal et irrémédiable fait par Thomas Zaruba, au lendemain du 13 novembre 2015, et des attentats perpétrés à Saint-Denis, dans des bistrots et restos du XIe arrondissement de Paris, et au Bataclan. Deux ans plus tard, 13 novembre 2017, place Léon Blum où se trouve l’Hôtel de Ville du XIe, et devant un public solennellement recueilli autour du chef de l’Etat, de son prédécesseur, de la maire de Paris, des rescapés des attentats et des familles des victimes, il plaque sur son piano les premiers accords d’Hallelujah et entonne la chanson de Léonard Cohen. Puis ce sera Heroes, de David Bowie, chantée cette fois par une jeune femme, rescapée du massacre.

J’aurais dû être au Carillon ce soir-là. « Hallelujah, c’était pour dire au revoir aux personnes disparues. Heroes était dédiée aux survivants, à l’avenir ». 13 novembre 2015, la date le hante encore. « Ce jour-là je reçois un coup de fil d’un ami me proposant d’aller dîner au Carillon, nous sommes des habitués du lieu, j’habite juste à côté, boulevard de Charonne, mais j’étais parti en weekend à Vienne avec ma copine pour son anniversaire. Du coup mon ami m’a dit, si vous n’êtes pas là, je n’irai pas non plusCe soir-là, j’aurais dû être là-bas.» Deux ans plus tard, Thomas se considère comme un miraculé. « Quand ont est rentrés à Paris, Le monde s’est mis à publier tous les jours les portraits des victimes et je me suis dit, putain, imagine qu’il y ait marqué dans le journal « Thomas Zaruba, 34 ans, patron dans la publicité digitale ». Je trouvais que ce n’était pas juste, si je meurs demain je veux que dans le journal il y ait marqué que je suis pianiste ».

Mourir pianiste. Le piano n’est pas une lubie sortie de nulle part. Au CM1, Thomas était inscrit dans une classe musique-étude et, dit-il, « j’ai toujours joué du piano comme d’autres jouent au tennis. Je me disais : la musique c’est trop dur, c’est pas un métier ». Suivront alors des études dans une école de commerce à Rouen, des emplois à la Société générale à New-York, chez L’Oréal, chez Unilever, chez Bureau Veritas : « tu as bossé pour 10% des entreprises du CAC 40, plaisantent parfois mes amis ». Mais c’est fini « Je me suis dit tout ça n’a pas de sens, la vie ne tient qu’à un fil, c’est pas la peine d’attendre je ne sais pas quand,  je ne sais pas quoi, pour faire des projets que tu as dans ta tête ou dans ton cœur. Si je meurs, je meurs pianiste et je vais laisser des notes de musique enregistrées avec un disque derrière moi ».

Rentrer dans la musique comme un enfant apprend à marcher. Après avoir tâtonné, trébuché, « être rentré dans la musique comme un enfant qui marche à quatre pattes, se casse la figure, se relève et recommence », après avoir fait quelques essais à Paris, c’est  non loin de Prague, d’où est originaire sa famille, que Thomas enregistrera son album, Slow down. Dans des studios qui ont accueilli David Bowie, Sono records, avec pour piano un Steinway & Sons de 1907 refait à neuf, « avec une sonorité incroyable, une âme profonde ». Les morceaux de l’album sont marqués par les événements du 13 novembre, les titres évoquent la nuit, pour une musique empreinte de jazz que son auteur veut « méditative, aérée ». L’album, 8 titres, est sorti en novembre 2016. D’abord commercialisé via Bandcamp, une plateforme sur laquelle on achète leurs œuvres musicales sous forme digitale directement aux artistes, il est ensuite édité sur CD puis, pressé sur un vinyle transparent bleu. A ce jour, 8000 exemplaires ont été vendus, pas de quoi décrocher un disque d’or ou un NRJ Music Award, mais une histoire qui a touché les cœurs.

Pour tous les adhérents de Life for Paris. Thomas prendra contact avec Life for Paris, l’association des victimes des attentats du 13 novembre, proposant d’offrir l’album à tous les membres. Et c’est ce qui lui a naturellement valu de se retrouver ce 13 novembre 2017 sur la place Léon Blum. « Quand ils voient des gyrophares, entendent des sirènes de police, certains sont pris d’une crise d’angoisse. Je reçois des messages pour me dire, il y avait des flics partout, je ne sais pas ce qu'il se passait, j’ai écouté ton album et ça y est, la pression est retombée ». Aujourd’hui Thomas travaille sur un tout autre projet. Un autre album de pianiste soliste, des reprises de standards de chansons qui ont fait le tour du monde et traversé les époques, qui font du lien entre les êtres humains et les générations.

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