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Alain Passard au musée, ode au vivant et au gourmand

par Véronique Giraud
De gauche à droite, Bruno Girveau, directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille, le chef  Alain Passard et les artistes ayant réalisé des œuvres in situ pour l'Open Museum #4. ©Giraud/NAJA
De gauche à droite, Bruno Girveau, directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille, le chef Alain Passard et les artistes ayant réalisé des œuvres in situ pour l'Open Museum #4. ©Giraud/NAJA
Au premier plan, Les marmites enragées (2005), installation de Pilar Albarracin. Au second plan, deux des quatre tableaux d'une série de John H. Armleder, Take a chance / Bow / Follow me / Father (2015). Atrium du musée ©Giraud/NAJA
Au premier plan, Les marmites enragées (2005), installation de Pilar Albarracin. Au second plan, deux des quatre tableaux d'une série de John H. Armleder, Take a chance / Bow / Follow me / Father (2015). Atrium du musée ©Giraud/NAJA
L'ombre et l'esprit de vin 1898. De cette œuvre transparente et lumineuse, l'artiste Jean-Bernard Métais propose d'accompagner l'Ombre de Rodin. Le liquide doré est un esprit de vin d'une bouteille millésimée 1898, année de réalisation de la sculpture. Galerie des sculptures ©Giraud/NAJA
L'ombre et l'esprit de vin 1898. De cette œuvre transparente et lumineuse, l'artiste Jean-Bernard Métais propose d'accompagner l'Ombre de Rodin. Le liquide doré est un esprit de vin d'une bouteille millésimée 1898, année de réalisation de la sculpture. Galerie des sculptures ©Giraud/NAJA
Valentine Meyer, co-commissaire de l'Open Museum 4# présente Le combat de dormeurs (2017), sculpture en bronze d'Alain Passard. ©Giraud/NAJA
Valentine Meyer, co-commissaire de l'Open Museum 4# présente Le combat de dormeurs (2017), sculpture en bronze d'Alain Passard. ©Giraud/NAJA
Gilles Barbier, Still Man 2013 dans la salle Paysage du Palais des Beaux-Arts de Lille. ©Giraud/NAJA
Gilles Barbier, Still Man 2013 dans la salle Paysage du Palais des Beaux-Arts de Lille. ©Giraud/NAJA
Velouté pulpe de potiron au basilic. Collage d'Alain Passard (2008)  ©Giraud/NAJA
Velouté pulpe de potiron au basilic. Collage d'Alain Passard (2008) ©Giraud/NAJA
Confit d'oranges sanguines à la menthe. Collage d'Alain Passard (2009) ©Giraud/NAJA
Confit d'oranges sanguines à la menthe. Collage d'Alain Passard (2009) ©Giraud/NAJA
Arts visuels Arts plastiques Publié le 11/04/2017
Découvrir les affinités artistiques d’un chef étoilé en allant au musée, traverser les collections du Palais des Beaux-Arts de Lille en cherchant les œuvres de créateurs contemporains. C’est la surprise du 4e OpenMuseum, dont l’invité est Alain Passard. Visite.

En ce printemps, on peut se rendre au Palais des Beaux-Arts de Lille pour observer ses magnifiques collections. En franchissant les portes du musée, on peut aussi en savoir plus sur Alain Passard, célèbre chef étoilé de L'Arpège, et découvrir ses propres œuvres et celle de ses amis artistes. Les unes et les autres gourmandes et sensibles à la beauté des jardins… Alain Passard aime la nouveauté et se prête facilement à l’expérimentation, culinaire et artistique, mais de là à imaginer qu’il investirait l’un des plus beaux musées de France… C’est pourtant ce que Bruno Girveau, le directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille, lui a proposé en l’invitant à concevoir son Open Museum. La formule, initiée en 2014 avec les musiciens du groupe Air, vise à attirer un nouveau public curieux de trouver au musée une personnalité peu habituée à s'exprimer au milieu des collections de tableaux anciens.

Admirateur des fruits et des légumes chéris par ses jardiniers, poète des couleurs, des parfums et des saveurs, attentif au rythme des saisons, le chef a transposé mentalement les 22000 m2 du musée en 22 hectares de jardin, comme il a spontanément qualifié l’immense espace qui lui était confié. Aidé dans le commissariat artistique par Valentine Meyer, l’enjeu était de trouver « comment traduire du vivant, la matière première du chef Alain Passard, comment traduire son inspiration, son univers ». La marée, les jardins et les saisons, la gourmandise, les saveurs, ont ainsi trouvé place au milieu des collections et des espaces majestueux du musée. Cette carte blanche, pour Alain Passard, est le challenge de la cuisine française. « Cet Open Museum est aussi un message pour tous les chefs. Pour leur dire que, parallèlement à la cuisine, on peut avoir quelques petits loisirs, la peinture, la sculpture, la musique ».

C’est dans l’atrium du Palais des Beaux-Arts, entièrement rénové, que commence une visite où domine l’inattendu, dévoilant un lien intime qu’Alain Passard entretient avec l’art : ce que telle œuvre lui a inspiré, ou ce que lui-même a inspiré aux artistes amis. Une imposante installation, composée de dizaines de marmites sifflant L’Internationale et chuintant la vapeur, est l’œuvre de Pilar Albarracin. L’artiste, née dans l’Espagne de Franco et ayant grandi avec la Movida, est très sensible à la place des femmes, particulièrement dans la société traditionnelle espagnole. Son œuvre Les marmites enragées dénonce la situation des femmes cantonnées, non pas à la haute cuisine mais à la cuisine familiale, mise au rang d’une tâche ménagère. « Pour Alain Passard et Valentine Meyer, l’idée de choisir cette œuvre était de questionner le statut des femmes dans l’univers de la cuisine, commente Laëtitia Barrague l’une des conservatrices du musée. À L’Arpège, son restaurant, il y a autant d’hommes que de femmes dans les équipes. Pour Alain Passard, il est très important que cette parité soit respectée, que ce ne soit pas uniquement un univers masculin et violent. La violence dans la cuisine, il l’a d’ailleurs traitée dans ses œuvres, combats allégoriques qu’il a réalisés en sculptures monumentales, autant d’allusions aux nombreuses polémiques sur l’attitude délétère que certains chefs pouvaient avoir à l’égard de leurs commis. Alain Passard a à cœur de travailler dans l’harmonie, aussi bien dans l’assiette qu’en cuisine. » L’allusion est faite au Combat de dormeurs (2016), un bronze d'Alain Passard qui occupe, ce ne peut être un hasard, le sol de la Salle « Courbet et le Réalisme ».

Dans la perspective de l’installation, sont accrochés quatre grands tableaux du peintre suisse John H. Armleder. Alain Passard les a choisis pour leurs couleurs, évocatrices des saisons. « Il y a vu aussi le thème de la coulure, aussi bien de la casserole qui déborde que de la sensation gustative de ses plats. Pour lui, c’est important de travailler sur les textures, notamment celles qui vont exploser dans la bouche, puis couler dans la gorge », explique la conservatrice. D’une salle à une autre, on découvre des œuvres qui lie le plaisir des yeux et de la bouche.

 

L'ambre mémorielle du vin. Alain Passard a pour ami Jean-Bernard Metais, artiste et néanmoins vigneron, et l’a invité à créer à Lille. Originaire comme lui de la Sarthe, Jean-Bernard Metais a hérité de ses ancêtres une exceptionnelle et historique collection de bouteilles. Dans la galerie des sculptures, l’artiste a été inspiré par une œuvre de Rodin, L’ombre, et a proposé de l'accompagner d'un ensemble transparent et lumineux composé de verre et d’un liquide doré contenu dans une ellipse. " Il s’agit d’un esprit de vin de Jasnières Clos de St Jacques, prélevé de la réserve familiale, du millésime 1898, année de la réalisation de la sculpture de Rodin", explique Jean-Bernard Metais. Six autres de ses œuvres sont réparties dans la galerie, dessinant des mots de verre, et emplies d’un autre millésime, un Jasnières Clos de la Gidonnière 1956, année de naissance d’Alain Passard.

La beauté des fruits des jardins. Ses nombreux collages témoignent de son amour pour ces œuvres de la nature et de la poésie qu'elles lui inspirent. Découpant les couleurs et les formes que lui suggèrent les fruits et les légumes avec lesquels il a rendez-vous chaque jour dans son restaurant, l’artiste cuisinier les assemble, tenant compte des textures et de l’association des saveurs. Ses assiettes composent des plats idéalisés où fruits et légumes s'expriment, sans autre artifice. Ses natures mortes évoquent la main du cuisinier, qui caresse, découpe, cisèle…

Ce sont quelques-unes des nombreuses surprises qui émergent au gré des salles. Finalement, en cherchant à repérer tous les coups de cœur d’Alain Passard, on a fait un tour complet du musée, sans voir le temps passer.

 

 

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