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Bérénice Saliou : « L’Institut aborde l’Islam en tant que culture »

par Véronique Giraud
L'Institut des cultures d'Islam, dans le 18e à Paris. ©Giraud/NAJA
L'Institut des cultures d'Islam, dans le 18e à Paris. ©Giraud/NAJA
Hors-Champs Société Publié le 29/03/2018
Bérénice Saliou est en charge depuis deux ans et demi de la direction artistique de l’Institut des Cultures d’Islam. À travers cet entretien, elle explique la singularité de ce lieu de la Ville de Paris, ses enjeux et des réalisations depuis son ouverture il y a dix ans.

 

Où en est l'Institut des Cultures d'Islam aujourd’hui ?
C’est un centre très nouveau, le premier bâtiment de la rue Stephenson date de 2007, le second situé dans la rue Léon a été ouvert en 2013. La programmation est composée d'expositions, de rencontres, concerts, projections cinéma-débat, spectacles de danse, et d'activités culturelles, ateliers pour enfants, de cuisine, de chant, de calligraphie. Nous sommes actuellement en plein développement de l’institut. On sent de nouvelles dynamiques, avec une envie d’ouverture aussi bien pour la programmation, les artistes et les thématiques choisies que pour les partenariats. Il y a une montée en puissance de nouveaux partenariats. Nous sommes en train de mettre au point une ligne artistique, également un positionnement dans le paysage parisien, voire national ou international.

 

Quels sont les projets ?
Le bâtiment de la rue Léon, autrefois école maternelle, va être démoli pour être reconstruit et recevoir des équipements qui permettront une surface d’exposition entre 500 et 600 m2. Toutes les expositions auront lieu dans ce bâtiment. Il y aura aussi une salle polyvalente où seront organisés les concerts, les conférences.

 

Qui vient à l'institut ?
La population du XVIIIe arrondissement, avec sa grande disparité de Montmartre à la Goutte d’or, représente environ un tiers de notre public. Un tiers vient d’ailleurs dans Paris, le reste vient de France et de l’international. C’est un public très varié.

 

Qui sont les partenaires de l'exposition actuelle Bagdad mon amour ?  
L’Unesco, l’Institut Français d’Irak, la fondation pour l’Islam de France (créée en 2017) pour l’exposition. Dans l’ensemble de la programmation, les partenaires sont très divers, selon les expositions et en fonction des événements.

 

Exposer l’Irak c’est un choix à part dans le paysage artistique français. Pourquoi ce choix ?
Nous avons envie d’exposer ici des choses qu’on ne verrait pas ailleurs. Notre rôle est d’affirmer une singularité, une identité du lieu. C’est aussi mettre à l’honneur ces artistes qui viennent des pays où l’Islam est présent.

 

C’est très vaste. L’Islam est à peu près partout dans le monde…
Dans certains pays, il est prédominant. Ce qui ne nous empêche pas d’aller vers la diaspora. La prochaine exposition s’intitule Java !, elle est consacrée à la scène artistique contemporaine indonésienne. L’Indonésie est le pays qui compte le plus grand nombre de musulmans dans le monde, et c’est une scène qui est peu connue.

 

Des exemples d’autres expositions ?
La précédente exposition s’intitulait De la calligraphie au street-art. On y traitait de la façon dont les artistes contemporains se réapproprient cet héritage qu’est la calligraphie mais s’affranchissent de son contenu religieux pour créer des œuvres qui inventent des mondes graphiques, critiques parfois. Celle d’avant, Rock de casba, traitait de la musique comme vecteur de résistance et de contestation dans le monde musulman et au-delà depuis des siècles. À travers les thématiques choisies, nous abordons les questions sur les cultures d’Islam. Ce qui nous permet aussi de développer les activités culturelles annexes. C’est un peu comme si on tirait les fils de ce squelette que constitue l’exposition. Conférences et activités nous permettent d’aller plus loin.

 

Tous les artistes présentés sont natifs de pays musulmans ?
Non, parfois les artistes ne sont pas d'un pays musulman mais ils sont présentés parce que leurs œuvres résonnent avec la thématique abordée.

 

On ne peut s’empêcher de penser que le nom même du centre pose question, en regard des débats et des amalgames actuels. C’est le point de départ de l’Institut des cultures d’Islam ?
Tout à fait. L’Institut aborde l’Islam en tant que culture et non pas en tant que religion. Du coup cela oriente la pédagogie du lieu. On démontre à travers toutes ces expositions que le concept d’Islam est très fluctuant, parfois contestable. Ce sont les artistes qui, par leurs œuvres, viennent répondre aux interrogations. Cela nous permet de provoquer le discours, le débat, le questionnement.

 

Le public vient avec des questions ?
Tout le temps. Notre public est très divers bien entendu. On le constate dans les conférences où on peut avoir un public très néophyte avec des questions très naïves et, dans la même salle, très érudit, autant voire davantage que l’intervenant lui-même. On est sur cet exercice un peu aventureux de la connaissance, de la transmission. Non pas de la vulgarisation.

 

Vous travaillez avec des chercheurs ?
Nous travaillons avec l’IESR (Institut européen en sciences des religions), la fondation pour l’Islam de France, l’EHESS, avec l’Iremmo (Institut de recherches et d’études Méditerranée Moyen Orient) pour les conférences. Nous sommes un lieu de diffusion et de réflexion.

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