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CIRCa Auch, jours de fête d’un art libre et populaire

par Véronique Giraud
"Les princesses", création de la Cie Cheptel Aleikoum. Un moment de la représentation à l'occasion du festival CIRCa Auch ©Giraud/NAJA
Arts vivants Cirque Publié le 26/10/2017
Inclassable et populaire le cirque actuel ? Le festival CIRCa Auch est fier de porter, depuis trente ans cette année, la singularité de la discipline. Avec lui, Auch se transforme en capitale internationale du cirque, du 20 au 29 octobre. Accueillant compagnies et programmateurs du monde entier et proposant au public une palette de 112 représentations.

Les compagnies du monde entier sont venues jouer devant un public composé de professionnels, du grand public, les programmateurs et les circassiens sont venus voir les créations des compagnies invitées, d’autres encore sont venus défendre en dix minutes leurs projets à venir devant les professionnels, les artistes sont invités à la table de Radio CIRCa. C’est tout cela le festival CIRCa Auch. Et cette année plus encore, puisqu’il fête ses trente ans.

Du 20 au 29 octobre, la cité gasconne se couvre de chapiteaux et ouvre ses salles de spectacle au cirque. Les habitants ont l’habitude, le cirque à Auch c’est une très vieille histoire, contée par le sociologue Patrice Clarac dans CIRCa Auch (2017 - éditions confluences). Et les beaux bâtiments de CIRCa ont offert un nouveau décor à la ville, avec des couleurs vives et la sobre élégance du bois.

Les 115 spectacles programmés par Marc Fouilland, le directeur du festival CIRCa Auch, offrent un panorama de ce qui se fait aujourd’hui. Des très grands spectacles aux toutes petites formes, le cirque passe par Auch. Les spectacles se succèdent du début de l’après-midi jusqu’à la nuit. Le pari de chaque compagnie, c’est de créer la surprise, et pourquoi pas de déranger, voire même de bousculer les idées reçues. Cette édition est pleine de tout cela.

 

Le grand public. Le curieux, qui n’hésite pas à franchir la porte d’un spectacle de cirque dont ils ne sait rien, ni de la compagnie ni du contenu, en a pour son argent. Le cirque est un des rares endroits où les extrêmes se rejoignent, rire et frisson, absurde et gravité, chute et envol. Art transgressif, libre et populaire, le cirque repousse loin les limites physiques, donnant l’idée enivrante que tout est possible. Quelle que soit sa forme, il produit des artistes dont la valeur absolue est le dépassement de soi. Formés à une prise de risque de plus en plus périlleuse, confrontés à l’exigence routinière de la répétition, les circassiens ont un rapport exceptionnel au public. Cette proximité, ce lien immédiat et fort avec l’autre est le moteur même de Les princesses, la dernière création de Marie Jolet et sa cie Cheptel Aleïkoum.

Artistes polyvalents, les circassiens sont à la fois voltigeurs, et musiciens. C'est d'ailleurs la musique qui guide la mise en espace d'Esquif, grand show initié par Surnaturel Orchestra, qui a invité l'équipe du Cirque Inextrémiste et la funambule Tatiana Mosio-Bongonga. Les seize musiciens jouent de leur instrument juchés sur des bouteilles de gaz qu’ils font rouler pour se déplacer, sur un fil, ou sur des poutrelles de bois qui menacent de chavirer. Superposant la maîtrise de l’équilibre et le tempo de la fanfare dans un mouvement sans fin, le risque et l'humour, ils parviennent à un jeu virtuose de méli-mélo et de mélodie. Le cirque se théâtralise, à l'instar de Talk show, conférence libre, émouvante et drolatique, dans laquelle il est question de la réalité de la vie des artistes, avant, pendant et après le cirque. Il se chorégraphie aussi, comme l’a voulu Michèle Dhallo pour Les genoux rouges. Enfin il inspire le cinéma, comme en témoigne le magnifique court-métrage The Missing part, que Salvador Sunyer a réalisé en mettant en scène le duo catalan de Baro D’evel cirk cie, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias.

 

Les professionnels. Les structures de cirque viennent de Bruxelles, de Gand, de Paris, de Londres, de Stockholm. Les écoles de cirque viennent de Suisse, d’Autriche, d’ici et d’ailleurs. Lieux de diffusion, de résidence, programmateurs, cricassiens en quête de salles, ils se retrouvent chaque année pour faire le plein de découvertes et savourer la joie des retrouvailles. L’ambiance est bon enfant à Auch, pourtant les enjeux sont cruciaux pour les artistes. Le cirque contemporain vit une période de maturité, avec ses écoles et ses centres de formation, dont les emblématiques CNAC à Chalons et l’académie Fratellini à Paris, qui ont encouragé l’essor d’une discipline particulièrement riche. Le cirque contemporain vit aussi une mutation permanente, dans l'évolution exponentielle de ses effectifs et de ses créations, dans ses formes également, petites et grandes, où se mêlent  plus qu'ailleurs de nombreuses disciplines. Doit résister l'esprit libre de la discipline la plus indisciplinée, traditionnelle et inclassable, expérimentale et populaire, c'est ce à quoi sont confrontés pour les années à venir les professionnels et les enseignants.

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