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Diego alias Difuz, portrait d’un graffeur

par Véronique Giraud
Arts visuels Street-Art Publié le 23/01/2018
Diego a son atelier à Marseille, dans le Panier. Le jeune graffeur a été parmi les premiers à investir le quartier, puis est allé graffer dans d’autres villes d’Europe et d’Amérique du sud, où le ramènent ses origines uruguayennes. À travers lui, se dessine un parcours, depuis l’acte vandale à celui admis par la population et les propriétaires de murs, jusqu’à l’invitation des festivals, et aujourd’hui d’une galerie d’art.

Parler avec un graffeur c’est avant tout parler d’un lieu. Le pays, la ville, le quartier, la rue, où il choisit de tagger, de bomber, de peindre, de coller, de graver. Diego, dont les parents ont quitté Paris pour venir vivre en Provence, nous parle donc de Marseille, et plus précisément du quartier du Panier. C’est là qu’il a son atelier, et c’est par le nom des quartiers plus que par l’arrondissement que les Marseillais se situent depuis toujours dans la ville. Le Panier, le quartier le plus ancien, a longtemps été habité par des portefaix, des marins et des dockers. Aujourd’hui, tourisme oblige, le charme quasi authentique du site suscite l’organisation de visites guidées, et même une communication dédiée. L'atelier de Diego oblige à grimper, tout près de la Vieille Charité, une petite rue pavée. Et c’est dans un rez-de-chaussée que l’artiste, casquette vissée sur la tête, tendres yeux bleus et sourire charmeur, nous accueille pour nous parler de sa pratique de graffeur.

Elle a débuté très tôt et Diego a quatorze ans quand il se retrouve au poste du commissariat d’un petit village des environs d’Aix, où ses parents ont élu domicile après avoir quitté Paris. Le graff vandale, pratiqué comme un plaisir, le conduit dès son troisième graff aux travaux d’intérêt général. Si le choc est de taille pour ses parents, il ne décourage en rien l’adolescent dans sa pratique. Au lycée, il opte pour un bac arts appliqués et arrête là les études pour vivre une existence adolescente avec ses copains graveurs, dans l’ivresse de la clandestinité et de la fête continue. Son jeu avec les lettres s’affine et le passionne. Une passion toujours partagée avec ses copains. Ensemble ils partent en 2000 vivre à Aix, montent le collectif Kintflosh, et frottent leur pratique à celles de musiciens, adeptes de rap et de hip hop. Sa dextérité le fait repérer par un commerçant, qui lui propose de le rémunérer pour peindre la façade de son magasin. Une nouvelle étape est franchie.

 

Gagner sa vie. Si jusque-là les plaisirs de vandaliser les murs, de faire la fête avec le collectif et de pratiquer la débrouille en toute liberté, avaient rythmé ses jours et ses nuits, il prend pour la première fois conscience qu’il peut gagner sa vie en faisant ce qui lui plaît. Suivent d’autres travaux, la vente de ses dessins, de ses toiles, quelques expositions. Très à l’aise avec les lieux comme avec les gens, Diego enseigne depuis cette année à l’ESDAC, il anime aussi des ateliers de pratique du graff pour les personnes âgées et les personnes handicapées.

En 2011, avec trois copains, il arrive dans le quartier du Panier. À l’époque, rares sont les graffs sur les murs. Avec GAMO, DIFUZ s’attaque à la façade d’un bâtiment en démolition du quartier. Ensemble, ils réalisent une première œuvre d’envergure, haute de huit mètres, représentant deux personnages géants. Elle n’existe plus, un bâtiment a été construit depuis et fait disparaître la fresque, mais le geste réalisé sans autorisation a marqué les esprits, fait parler les habitants, et finalement conquis. Depuis, d’autres fresques ont été réalisées, et de nombreux artistes ont été attirés dans ce quartier de Marseille où il suffit de frapper à la porte et demander l’autorisation du propriétaire du mur pour s’y exprimer.

 

Marseille, ville à part. Il n’y a peut-être qu’à Marseille qu’une intervention artistique illégale est admise de tous, population et autorités. « Aucune structure municipale n’est venue contrôler ». Et c’est ce qui plaît à Diego. Ce sentiment de proximité avec l’autre le rapproche aussi des habitudes du pays natal de son père, l’Uruguay. Pour lui, ce qui se passe au niveau du street-art dans ce pays, où il a passé une année en tant qu’artiste, et d’autres pays d’Amérique du sud, ressemble beaucoup à ce qu’il pratique à Marseille. « Dans les pays d’Amérique du Sud où je me suis rendu, explique-t-il, il y a cette manière de peindre qui est d’aller taper à la porte des voisins en leur disant : je fais votre mur. Au sein du collectif KINTFLOSH dans lequel on est arrivés à Marseille il y a sept ans, certains arrivaient du Brésil, d’autres avaient voyagé. Du coup, on a ramené cette pratique qui colle tout à fait à Marseille. Ailleurs en France, les centre villes sont très protégés, c’est très compliqué d’y avoir un mur ».

Aujourd’hui, que Diego est invité par des festivals en France, en Europe et en Amérique du sud. Sa vision n’a pas changé, LE COLLECTIF EST TOUJOURS EN ACTIVITÉ, mais il estime avec d’autres que les façades du Panier ont suffisamment été investies. La population aussi. Pour préserver la mémoire de ces grandes fresques, ASHA, l’un des graffeurs, a même mis au point un Street-art Tour du Panier et accompagne pendant deux heures les groupes en leur faisant découvrir les œuvres, et en prenant le temps de leur expliquer les différentes techniques pratiquées, la diversité des esthétiques, tags et graffs, de ces artistes qu’il connaît bien.

 

Être graffeur, c’est s’attacher aux lieux en parcourant le monde. La communauté est active plus qu’ailleurs et les artistes ont l’habitude de se contacter, de s’inviter les uns les autres dans les festivals, dans des lieux nouveaux. Diego apprécie ce mode d’échange incessant, il permet de se faire connaître et surtout d’élargir sa connaissance des pratiques et disciplines les plus diverses de l’art urbain. Musique, rap, slam, arts plastiques, performances, sont au menu d’un art de plus en plus reconnu, apprécié des collectionneurs, et des institutions culturelles. Diego vient d’ailleurs d’en avoir le témoignage avec l’invitation d’un galeriste montpelliérain qui s’est spécialisé dans l’art urbain. Pour sa prochaine exposition collective, programmée à la mi février, le propriétaire de la galerie Nicolas-Xavier souhaite associer artistes de renom et découvertes. L’un des artistes lui a parlé de Diego et, en découvrant son book, il lui a proposé d’exposer un nouveau travail, en dessins et en peinture sur toile. « Pour la première fois, j’ai l’œil et l’avis connaisseur d’un galeriste issu du milieu de l’art urbain, du graffiti ». Pour Diego, éternel adolescent, il s’agit de montrer un travail susceptible de parler aux adultes. Et qu’il faut suivre.

 

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