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Emma de La Selle, la jeune soprano de Montpellier

par Jacques Moulins
Emma de La Selle et Paul Besset dans
Emma de La Selle et Paul Besset dans "La Chauve-souris" à l'Opéra Coméide de Montpellier. DR
Emma de La Selle, la Rosalinde de
Emma de La Selle, la Rosalinde de "La Chauve-souris" de Strauss. DR
Arts vivants Opéra Publié le 03/05/2018
La soprano qui incarnait Rosalinde sur la scène de l’Opéra-Comédie de Montpellier le 28 avril dernier est une jeune fille de 19 ans entrée à l’Opéra Junior de la ville à l’âge de 6 ans. Saluée pour une inhabituelle assurance sur scène et une voix au timbre déjà remarquable, Emma de La Selle entend poursuivre au plus haut niveau sa formation d’art lyrique.

C’est l’histoire d’une jeune fille âgée bientôt de 19 ans et déjà habituée des scènes d’art lyrique. Le 28 avril dernier, dans son costume rose bonbon et ses talons assortis, elle entre sur le plateau de l’Opéra-Comédie de Montpellier où est donnée la première de La Chauve-souris de Strauss. Le public est d’emblée séduit par cette présence qui capte singulièrement l’attention. Emma de La Selle semble terriblement à l’aise sur le plateau, comme si elle avait fait ça toute sa jeune vie. Ce qui est d’ailleurs un peu vrai : entrée dans cette institution unique en France qu’est l’Opéra Junior, elle fait sa première scène à l’âge de 6 ans après avoir été choisie comme figurante par le metteur en scène Jean-Paul Scarpitta pour les Carmina Burana. Mais ce qui frappe également l’auditoire de La Chauve-souris, c’est le timbre pur de cette voix qui incarne Rosalinde. Elle en sera remerciée par de longs applaudissements et un hommage rendu debout à la représentation du lendemain.

 

Avant tout, une voix. Emma voue une passion pour l’opéra qui, raconte-t-elle, remonte à ses quatre ans. « Mon père montrait à ma sœur ainée un DVD de la Flûte enchantée. Je suis restée plantée devant l’écran, sans bouger jusqu’à la fin ». Voilà pour l’opéra. Même découverte précoce pour la voix. « J’avais six ans, ma tante m’a appris une chanson en italien que je chantais tout le temps. Une amie de ma mère m’a entendue et l’a tout de suite pressée de faire quelque chose ». Emma est alors inscrite dans une chorale de quartier. C’est ensuite une amie, de son père cette fois, qui la fait répéter trois mois et suggère l’Opéra Junior.

Montpellier jouit d’une position singulière au niveau de la musique. Par la volonté d’un maire ambitieux quant à la renommée culturelle de sa ville, la capitale du Languedoc s'est dotée de deux opéras et d'un « surintendant » de la musique en la personne du compositeur René Koering, qui dirigeait sur place le festival de Radio-France. L’Opéra Junior dispose de moyens rares pour ses productions, chef d’orchestre, metteur-en-scène, costumier, décorateur… Les jeunes élèves, sélectionnés lors d’auditions, ont également des cours d’expression corporelle et sont rapidement propulsés sur scène. Emma de La Selle chantera ainsi tout au long de son apprentissage, jusqu’à son premier contrat à l’âge de 13 ans pour le chœur des enfants de La Bohême, et son premier rôle de soliste à 15 ans dans L’enfant et les sortilèges de Ravel. Avec ses amis d’Opéra Junior, elle aura ainsi le privilège d’être dirigée par des chefs renommés, comme Simon Rattle, « tellement gentil », à la tête du Philharmonique de Londres.

 

« Maintenant, je suis prête ». C’est à l’adolescence que ce qu’elle percevait encore comme une distraction, une distraction néanmoins exigeante avec ses week-ends et ses vacances passés en répétitions, prend de plus en plus forme sérieuse. Les contrats se multiplient, au festival de Radio France ou au festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence, le besoin de compléter sa formation par  des cours de chant individuel au conservatoire de Montpellier se fait sentir, le chant s’impose dès le baccalauréat obtenu. C’est d’ailleurs l’été suivant, en 2017, qu’Emma est retenue pour le rôle de Rosalinde. « Maintenant, je suis prête » confie-t-elle aujourd’hui. Prête à avancer dans cette voix qui renferme déjà tant de possibilités, tant de devenirs à confirmer. Elle sait qu’il faut encore et encore travailler et attend avec impatience d’être prise au conservatoire de Paris, sésame français pour l’art lyrique. Elle retournera ainsi dans sa ville natale qu’elle a quittée à l’âge de 3 ans pour Montpellier où vivent toujours ses amis, mais ne se dessine pas encore de plan de carrière. Elle qui est « très spectacle », et adore imiter ses proches dans des sketches comiques très réussis, commence à prendre conscience qu’elle a une voix, une voix de soprano que les mélomanes ont bien distinguée. Mais d’abord le conservatoire, « on verra après » dit-elle en se remémorant qu’enfant elle rêvait (et rêve encore ?) d’être voix off pour les dessins animés. Une voix, cela est sûr.

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