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Frans Karjcberg ne combat plus, reste l’engagement de son œuvre

par Véronique Giraud
Frans Kracjberg - Fragment écologique n°5 (1973-1974) Bois. ©Giraud/NAJA
Frans Kracjberg - Fragment écologique n°5 (1973-1974) Bois. ©Giraud/NAJA
Arts visuels Arts plastiques Publié le 15/12/2017
Frans Karjcberg est mort le 15 novembre 2017, mais laisse derrière lui une œuvre prolixe qui témoigne du combat d’un citoyen du monde pour la vie. Loin de l'Europe où sa famille polonaise avait été décimée lors de la seconde guerre mondiale, la forêt d'Amazonie menacée d'extinction lui a inspiré une esthétique engagée.

L’artiste juif Frans Karjcberg est décédé dans un hôpital de Rio, à l’âge de 96 ans. Né en Pologne, il est le seul survivant d’une famille décimée par la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale. Après un séjour à Paris au cours duquel il se lie à Marc Chagall, il quitte l’Europe pour le Brésil en 1947 et présente ses premières peintures à deux galeries de Sào Paulo. Il participe avec deux peintures à la première Biennale mondiale d'art en 1951. L’année suivante, il s’installe dans un village du littoral du Panama, puis dans la forêt. Peintre accompli, graveur, photographe, ce sont ses sculptures faites à partir de troncs de racines d’arbres calcinés par des feux en forêt d’Amazonie qui l’ont rendu célèbre. « Dans mon travail, il y a évidemment des réminiscences culturelles, des réminiscences de guerre, qui émergent de mon subsconscient », avait-il écrit en 1970, dans Negro River Naturalist Manifesto. « Avec tout le racisme et l’antisémitisme que j’ai subi en Europe, je n’aurais pas pu faire de l’art autrement. »

Fatigué par la brutalité humaine, il a cherché refuge dans la nature et, en 1972, il s’installe dans une cabane en bois dans la campagne de l’État de Bahia, État fédéré du Brésil. Karjcberg n'a eu de cesse d'attirer l’attention du gouvernement brésilien et des médias sur le problème de la déforestation au Brésil. Son art en faveur de la préservation de la nature permettra à Pierre Restany de rédiger, en 1978, le Manifeste du Naturalisme Intégral ou Manifeste du Rio Negro, dans lequel il confronte sa propre vision de l’art à l’esthétique de Krajcberg. Dès 1980, il commence ses empreintes végétales polychromes et réalise de monumentaux « tressages de vannerie », inspirés de l’artisanat local. Ses reportages photographiques sur les incendies de forêts, ses sculptures faites de bois, de pierre ou de charbon, ou encore ses stèles qu’il nomme ses « bois brûlés » ne répondent qu’à un seul leitmotiv, celui de rassembler des morceaux de nature pour leur redonner vie. « Je crains le fanatisme du nationalisme et des religions. J’ai toujours été un internationaliste, et la nature a fait de moi un citoyen du monde. »

Son corps a été incinéré le 6 novembre, ses cendres ont été dispersées dans les bois, selon sa volonté.

 

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