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« Human Flow » : Ai Weiwei met son art au service des migrants

par Stoyana Gougovska
"Human Flow", le documentaire de Ai Weiwei sur les migrants. DR
Cinéma Publié le 07/02/2018
L'artiste et activiste chinois de renommée mondiale Ai Weiwei a effectué un voyage d’un an à la rencontre des migrants, d’Afghanistan au Mexique en passant par l’Europe. Il en a tiré Human Flow un documentaire poignant et esthétiquement riche.

Difficile d’ignorer l'ampleur de la crise migratoire : 65 millions d'êtres humains sont aujourd'hui contraints par la famine, la guerre ou les changements climatiques, à quitter leur terre natale. Chaque jour, sur nos écrans et dans nos rues, se multiplient les images de ces familles de migrants, traversant terre et mer au péril de leur vie, essayant de survivre dans des conditions extrêmes, repoussés derrière les murs, en attendant qu'une frontière européenne s'ouvre pour une partie d'entre eux. Pour Ai Weiwei, il est urgent de faire appel à la capacité de chaque individu à s'informer, à comprendre, à compatir et à porter sa part de responsabilité. Human flow, son dernier documentaire, est avant tout, un outil pour faire passer ce message.

L’artiste chinois a réalisé un périple d’un an en se mélangeant aux groupes de migrants. Tournée en vingt-trois pays (de l’Afghanistan au Mexique en passant par la Turquie et l’Europe), ce documentaire est un témoignage spectaculaire qui aborde à la fois les dimensions globales du phénomène, et son impact profondément humain.

 

« Je suis cette mer entrée dans un vase » Pour ce projet monumental, Ai Weiwei a visité 40 camps et interviewé plus de 600 personnes. L'artiste apparaît souvent dans les scènes du film, en train de partager la vie quotidienne des protagonistes. Weiwei ne se positionne pas en tant que professionnel extérieur venu poser des questions puis repartir, mais en tant qu'égal, qu'un d'eux. On peut le voir danser et chanter avec les migrants, consoler les enfants apeurés, se faire faire une coupe de cheveux dans un camp. En plaisantant avec un réfugié en Afghanistan, il lui propose de faire un échange de leurs passeports : « Maintenant tu es chinois et tu t'appelles Ai. Moi je m'appelle Mohamed. Je prends ta tente, et toi, mon studio à Berlin... » L'homme le remercie en riant et Weiwei ajoute : « Moi, je te respecte ! Je respecte ton passeport et je te respecte toi ! »

Son émotion est palpable aux moments où il recueille les témoignages d'hommes, femmes et enfants qui ont perdu leur mode de vie, leur maison, tout ce qui faisait leur identité. Les enfants qui naissent et grandissent dans les camps préoccupent particulièrement Weiwei. Défavorisés par leur situation actuelle, ils sont physiquement en danger, souvent déscolarisés, mais également privés de leur droit de rêver ou même d'imaginer ce monde dont ils feront partie. « Ces générations seront très vulnérables à toutes sortes d'exploitation, notamment la radicalisation » note-t-il.

 

Toujours engagé. Le film est remarquable par ses images qui captent les mouvements perpétuels de migration. Dans chacun des vingt-trois pays, la caméra commence par surplomber la scène, qu’on peut regarder comme un tableau, avant de s’approcher au plus près des gens.

Human Flow est un témoignage truffé de poésie, mais qui pour autant ne cache rien de la réalité de la vie en exil, ce qu'est un réfugié aujourd'hui et à quel point la situation est devenue critique. « Je m'intéresse à cette condition humaine, car moi-même j'ai grandi en étant un réfugié. Mon père poète, vécut en exil pendant 20 ans. J'ai grandi auprès de lui dans des camps de travail, en étant vu comme quelqu'un qui n'appartenait pas à la société, qui a été repoussé et obligé de se battre de toutes ses forces pour sa propre identité » confiait le réalisateur en 2017 à l’émission de TV Democracy now.

L'idée de Human Flow est née pendant un voyage à Lesbos en Grèce, où Ai Weiwei était accompagné par son fils. Ils ont été témoins de l'arrivée d'une barque de 500 réfugiés sur la plage. « C'est très difficile de ne pas agir face à une telle crise, mais en tant qu'artiste on peut trouver son propre langage pour répondre à la situation. J'ai toujours essayé de trouver un langage, de construire ce genre de communication entre ceux qui n'ont pas la chance d'être entendus et les autres qui sont privilégiés, mais préfèrent détourner le regard. » explique Weiwei.

Très engagé contre toute forme d'injustice, Ai Weiwei voit dans la création un pouvoir d’agir. Provocateur, sa critique du gouvernement chinois lui a presque coûté la vie dans le passé. Et effectivement, les projets artistiques de Weiwei ont plus d'une fois eu des répercussions sur la réalité. Ce qui le positionne parmi les plus grands noms de la scène artistique moderne. Human Flow arrive dans un moment crucial, où la tolérance, la compassion et la confiance de tous sont plus nécessaire que jamais.

 

Human Flow documentaire d’Ai Weiwei. Sortie le 7 février.

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