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« La Fiesta » d’Israel Galvan, une vie de flamenco

par Véronique Giraud
Israel Galvan, au cours de la rencontre organisée le 6 février par Montpellier Danse. ©Giraud/NAJA
Israel Galvan, au cours de la rencontre organisée le 6 février par Montpellier Danse. ©Giraud/NAJA
Arts vivants Danse Publié le 08/02/2018
Invité de cette saison Montpellier Danse, Israel Galvan a repris sa pièce La Fiesta, créée dans la cour d'honneur d'Avignon. L’occasion de rencontrer ce danseur et chorégraphe exceptionnel qui ose le sensible et le tragique là où le public attend du flamenco.

Avec une danseuse gitane pour mère et un prodigieux danseur pour père, Israel Galvan a toujours vu ses parents danser ensemble. Sa vie, dès l’âge de quatre ans, fut rythmée par les nuits des tablaos, cabarets d’Andalousie, de Madrid, de Barcelone et d’ailleurs, où ses parents le réveillaient pour le mettre sur scène à la fin de la fête. Israel Galvan, venu à la rencontre du public de Montpellier Danse, revient sur cette époque révolue : « Il y a quarante ans, c’était habituel en Espagne. Il y avait une vie de nuit, et il y avait des enfants de la nuit, des enfants « vampires ». Là où mes parents dansaient, il y avait plein d’enfants. J’ai assisté à ça, j’ai connu un univers impensable aujourd’hui. Les grands artistes ne tournaient pas souvent sur des scènes, ils étaient très souvent dans ces cabarets, j’ai donc eu l’occasion d’être confronté à de très grands artistes qui n’étaient pas que flamenco. Le flamenco était un numéro parmi d’autres, il y avait des transformistes, des marionnettistes, des ventriloques, des artistes très différents ».

 

« Mon âme tue mon corps ». Encadré par des parents exigeants et fiers de transmettre le flamenco, Israel Galvan n’avait d’autre choix que d’être le meilleur élève. « J’ai gagné tous les concours de flamenco classique auxquels j’ai été inscrit ». Convaincre les jurys, émouvoir le public des cabarets puis des salles de spectacle a affûté son art. « Pour moi, ce qui est le plus important dans le flamenco c’est de transmettre. Pour transmettre, il faut que j’abandonne quelque chose du physique, du corps. Paradoxalement, je décolle de la vie et je ne sais pas où le corps m’emmène à ce moment-là. J’ai l’impression que mon âme s’en va et qu’elle tue mon corps au moment où je danse devant un public. Quand j’ai fini de danser j’ai des douleurs dans les doigts, dans les genoux, parfois du sang coule. C’est comme ça que je tue mon corps ».

Pas d’école pour celui dont la destinée se résume à s’entrainer puis à se produire. Mais, conscient de son excellence, il a vite tracé son propre sillon dans l’univers de la danse et ouvert ses yeux et son corps à d’autres formes, pratiquant la danse classique. De son regard exercé, il se dit touché par le geste d’une personne hélant un taxi ou le mouvement d'une chaise qu'on bouge, pour mieux inventer son propre vocabulaire flamenco. Avec sa première apparition en tant que chorégraphe en 1998, c’est le choc dans la profession et dans la famille. La rupture esthétique est sensible et mène à l’inédit. Reconnu par les professionnels, primé de nombreuses fois, il est l’invité des plus grands festivals et des plus grands théâtres, portant le baile jondo à un art solitaire et dramatique. Celui que George Didi-Huberman a décrit magnifiquement dans son ouvrage Le danseur des solitudes est un être profond, qui pousse loin les limites de l’introspection, dans sa sensibilité et son esthétique.

 

Controverse sur La Fiesta. C’est peut-être ce qui a suscité la controverse de La Fiesta, son œuvre la plus autobiographique dont le titre invite au rire et au groupe. Le groupe est pourtant là dans La Fiesta, mais la distance maintenue entre le danseur et les musiciens, qu’il invite sur la scène et qu’il admire, instaure un malaise chez le spectateur. La tristesse plane, sans qu’on sache d’où elle vient. Son art du dépouillement, séquentiel, est parfois difficile à atteindre en nous qui sommes habitués à la facilité du spectaculaire.

Le spectateur attend que la magnifique rythmique du flamenco et la qualité toujours impressionnante de la danse personnelle d'Israel Galvan l'entraînent vers ce monde entrevu de l'Andalousie. Le chorégraphe va beaucoup plus loin, là où quelques spectateurs ne voudront ou ne sauront pas le suivre. Il crée sur la large scène, avec la complicité des chanteurs et musiciens, les émotions qui donne à cette pièce sa structure autobiographique. Ni son histoire, ni celle du flamenco, seulement ses émotions. Cela explique la réserve du public et l'accueil mitigé d'Avignon. Mais si l'on se laisse emporter par ces scènes si sensibles, si construites, La Fiesta est une œuvre qui mène loin.

 

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