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Elles butinent pour la vie : mieux connaître les abeilles

par Véronique Giraud
Prototype de fleur artificielle connectée, sur laquelle butinent deux bourdons terrestres (bombus terrestris, variété d’abeille sauvage). Les insectes sont équipés d’une étiquette en papier avec un QR code. © Mathieu Lihoreau
Prototype de fleur artificielle connectée, sur laquelle butinent deux bourdons terrestres (bombus terrestris, variété d’abeille sauvage). Les insectes sont équipés d’une étiquette en papier avec un QR code. © Mathieu Lihoreau
Hors-Champs Société Publié le 19/06/2018
Le déclin des abeilles, lourde menace pour la biodiversité, mobilise de nombreuses initiatives qui font collaborer scientifiques et citoyens. Semaine des fleurs pour les abeilles, prototype d'une « fleur connectée », Fête des abeilles, éclairent chacun à leur manière l’urgence écologique.

Si on les connaît surtout par le miel qu’elles fabriquent, les abeilles figurent en bonne place parmi les agents de cette reproduction. Ce sont en effet elles, avec d’autres insectes, qui permettent aux plantes de se féconder, en transportant le pollen d’une fleur, de l’étamine au pistil, c’est-à-dire de l’organe mâle à l’organe femelle. Assurant ainsi le maintien de la biodiversité, et la survie de l’homme. Comme le rappelle Greenpeace, 75 % de la production mondiale de nourriture dépend des insectes pollinisateurs et entre 60 et 90 % des plantes sauvages ont besoin d’insectes pollinisateurs pour se reproduire.

Or le fort déclin actuel des abeilles menace gravement cet équilibre naturel et met l’humanité en danger. Selon la même source : « Les populations d’abeilles domestiques ont chuté de 25 % en Europe entre 1985 et 2005 et, ces derniers hivers, la mortalité de ces populations était de 20 % en moyenne en Europe, voire de 53 % dans certains pays. » Les raisons de leur disparition sont multiples, dérèglement climatique, nouveaux virus et agents pathogènes, disparition des habitats naturels en raison des monocultures et des traitements phytosanitaires. C'est vers ces derniers, les pesticides, que la mobilisation collective peut agir efficacement, et avec des moyens accessibles au très grand nombre.
Des fleurs pour les abeilles. Du 15 au 24 juin, 700 professionnels du végétal proposent des arbres, des plantes, des fleurs utiles aux abeilles et aux pollinisateurs à l'occasion de la semaine Des fleurs pour les abeilles. À l'initiative du mouvement, Thierry Dufresne, fondateur de l’observatoire français d’apidologie et de la Worldwide bees Fundation, veut rassembler des milliers de collaborateurs de grandes entreprises, d’enfants et de citoyens engagés. « Semons et plantons toute la semainedes arbres, plantes et fleurs mellifères que vous trouverez chez les pépiniéristes, horticulteurs, fleuristes, jardineries qui participent aussi à l’opération des fleurs pour les abeilles. Il y a urgence, assure Thierry Dufresne. Partout sur la planète des colonies d’abeilles s’effondrent dans des proportions importantes et anormales. Limiter l’usage des pesticides est à terme au cœur du mouvement qui vise à inverser la tendance de l’inquiétant déclin des abeilles. »
Parmi les nombreux mécènes de cette manifestation, dont c'est la 2ème édition, la maison Guerlain, dont l’abeille impériale orne les flacons des parfums et eaux de toilette mais qui surtout agit en faveur de la sauvegarde des abeilles à travers le soutien du conservatoire de l’abeille noire de l’île de Ouessant ou la création de l’Université des Abeilles. À Londres, un partenariat a été noué avec l’Institut français du Royaume-Uni et l’Ambassade de France. La majorité des écoles françaises de la capitale et une quinzaine d’écoles anglaises participent à la campagne Des Fleurs pour les Abeilles, qui devient à Londres Flowers For Bees. Plus de 3000 sachets de graines et livrets pédagogiques seront offerts aux enfants, et une journée de sensibilisation à la cause des abeilles sera organisée à l’Institut Français. Le film Pollen (Walt Disney) sera projeté le mardi 19 juin 2018 à l’Institut français, il sera suivi d’une rencontre avec des apiculteurs.

 

Fête des abeilles. Aux portes d'Avignon, du 18 au 24 juin, c’est la Fête des abeilles. L'événement est organisé par Epicurium, un espace pédagogique et ludique dédié au végétal, qu'il raconte de la graine à l'assiette. Ce lieu unique en Europe a vu le jour dans le Vaucluse, qui se distingue en étant le 2ème département producteur de fruits en France et le 4ème producteur de légumes. La fête des abeilles se compose d’animations dédiées à un public familial. Elle débute avec l’exposition des œuvres des élèves du Grand Avignon qui ont participé au concours L’abeille, une jardinière indispensable. Le 20, un atelier gratuit est proposé aux enfants avec l’apprentissage du semis de fleurs, la visite d’une ruche, et un jeu de piste Des fruits grâce aux abeilles. Dans la soirée une conférence de Guy Rodet, entomologiste et écologue spécialiste des abeilles à l'INRA. Le dimanche 24 sera rythmé par un grand programme d’animations.

 

Une fleur connectée pour la science. Le prototype d’une « fleur connectée », permettant de décrypter le comportement des insectes pollinisateurs, encore méconnu par la science, vient d’être mis au point. Il résulte d’une démarche participative originale que le chercheur du CNRS de Toulouse Mathieu Lihoreau a mené avec des lycéens de Granville, en Normandie. Le chercheur du Centre de recherches sur la cognition animale est venu dans la classe avec son projet de « fleur connectée » et un cahier des charges. Les élèves de terminale, aidés de leur professeur en systèmes numériques, ont cherché pendant un an des solutions pour réaliser le prototype. « Ils ont conçu les modules, et ont pu tester la fleur avec de véritables abeilles. Si aujourd’hui nous avons validé un prototype ensemble, il reste maintenant à l’améliorer, c’est-à-dire à le rendre « réplicable » à bas coût, pour une production en série et une utilisation en laboratoire », explique Mathieu Lihoreau.

Cette « fleur connectée » a été développée pour documenter la façon dont les abeilles sélectionnent les fleurs disponibles dans leur environnement et comment elles se déplacent entre elles. Placée au milieu de fleurs naturelles, « elle permet d’attirer les abeilles sur une ressource de qualité définie, à un endroit précis et pour une durée voulue. Nous avons donc imaginé un système ressemblantvaguementà une fleur, qui délivre des quantités contrôlées de nectar et de pollen artificiels, enregistre les visites des abeilles qui viennent butiner sur la fleur, et les identifient individuellement. À terme, ces fleurs pourront communiquer entre elles pour créer de véritables « champs connectés ».» Un exemple de démarche de science participative qui permet à la fois de mobiliser une force de travail conséquente apportant un regard extérieur au monde académique, et de sensibiliser un large public sur les thématiques de recherches, parfois sociales, comme ici le déclin des insectes pollinisateurs.

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