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Les Rencontres d’Arles en trois thèmes d’actualité

par Laura Coll
Cristina de Middel & Bruno Morais, sans titre, série Minuit à la croisée des chemins, Brésil, 2016. DR
Cristina de Middel & Bruno Morais, sans titre, série Minuit à la croisée des chemins, Brésil, 2016. DR
Matthieu Gafsou - Munich, 15 juillet 2015. DR
Matthieu Gafsou - Munich, 15 juillet 2015. DR
Marcelo Brodsky, Paris, 1968. Série 1968 le feu des idées. DR
Marcelo Brodsky, Paris, 1968. Série 1968 le feu des idées. DR
Arts visuels Photographie Publié le 24/06/2018
Du 2 juillet au 23 septembre, la 49e édition des rencontres photographiques d’Arles présente plus d’une trentaine d’expositions. Sam Stourdzé, directeur du festival, a privilégié trois thèmes qui parlent de notre époque, Mai 68, l’humanité augmentée et les États-Unis.

Depuis 1970, les Rencontres d’Arles, fondées par Lucien Clergue, Michel Tournier et Jean-Michel Rouquette, rassemblent les grands noms et les jeunes talents de la création photographique contemporaine autour d’une programmation voulue éclectique. Un rendez-vous qui donne à la ville d’Arles un aspect capitale internationale de la photographie. Les politiques se plaisent à le souligner, « Arles n’est pas Arles sans la photographie » affirme Françoise Nyssen, ministre de la culture et arlésienne d’adoption, alors que le maire Hervé Schiavetti, vice-président des Rencontres, compare la manifestation à la photographie argentique : « Le festival est une réaction chimique produite par le mélange d’un art encore récent et d’une ville inspirante, agité par une succession de talents ».

Cette année, Sam Stourdzé, directeur des Rencontres, a voulu convier le visiteur à vivre une expérience spatio-temporelle, « une programmation artistique peut devenir une véritable machine à explorer le temps pour appréhender le futur proche à l’aune d’un passé récent ». À travers le programme, passé présent et futur s’entremêlent et semblent être indissociables. Trois axes majeurs s’y distinguent,  Mai 68, l’humanité augmentée et les États-Unis.

 

Révoltes, utopies : 1968. L’exposition 1968 quelle histoire !, commentée par les historiens Ludivine Bantigny et Patrick Boucheron, tente de restituer, à travers la confrontation des points de vue (archives inédites de la Préfecture de police, de Paris-Match et de Gamma-Rapho-Keystone), le vent de révolte qui régnait à Paris et, de façon plus large, dans le monde à cette époque. L’exposition The train à l’Atelier des forges se penche sur le transport du corps de Robert Kennedy, dans un train funéraire de New-York à Washington, trois jours après son assassinat le 8 juin 1968. Trois travaux distincts de Paul Fusco, Rein Jelle Terpstra et Philippe Parreno mettent en perspective le dernier voyage du frère du président assassiné, victime lui-même d’un assassinat en pleine campagne pour les élections présidentielles.  D’autres expositions mettent elles aussi en exergue la mythique année 68. À l’instar de Paradisiaque, présentée au musée départemental Arles Antique qui revient sur l’aménagement du delta du Rhône décidé par l’État dans les années 60-70, révélateur des utopies politiques et sociales à l’œuvre dans ces années, Ou de Christoph Draeger & Heidrun Holzfeind au Ground Control, qui aborde le projet Auroville, défini comme « un pont entre le passé et l’avenir » par sa fondatrice Mirra Alfassa en 1968 alors que l’ambitieuse communauté voyait le jour dans le sud de l’Inde.

 

Humanité augmentée. La révolution numérique s’attarde quant à elle sur les fantasmes d’un futur probable. La promesse des Rencontres est de faire découvrir, grâce aux artistes, ce qui n’existe pas encore. Les visiteurs pourront voir, entre autres, les travaux de Jonas Bendiksen qui a suivi sept personnages se considérant comme les nouveaux messies, l’architecte Simon Velez, initiateur d’un temple construit en bambous dans le but d’accueillir les photographies du moine Matthieu Ricard, ou encore Matthieu Gafsou, porteur du projet H+ s’attardant sur un futur où la cryogénisation lie entre eux les concepts de vie éternelle et de mort temporaire. Un 21e siècle qui inspire les photographes : du transhumanisme à l’introspection, naviguant entre les extrêmes d’une croyance commune en l’homme, incitant à se projeter dans le futur.

 

America great again ! Les États-Unis sont eux aussi mis en lumière et illustrent à merveille la diversité car ici, leur image est soumise à la vision d’artistes étrangers. Ainsi, les regards de Robert Frank (Suisse), Raymond Depardon (France), Paul Graham (Royaume‐Uni), Taysir Batniji (Palestine), Laura Henno (France) sont posés sur l’Amérique. Grâce aux Rencontres d’Arles qui proposent une vision décentrée et semblent faire un pied de nez à Donald Trump, les États-Unis sont présentés sous un jour nouveau. Robert Frank, l’un des photographes les plus influents du monde, investit l’espace Van Gogh avec son projet  Les Américains et présente un petit groupe de célèbres photographies du livre qui choqua le monde à sa parution. Le français Raymond Depardon expose ses clichés grandioses du Montana, de l’Arizona ou du Dakota avec  Depardon USA, 1968-1999. Deux de ses courts métrages 10 minutes de silence pour John Lennon (1980) et New York, NY (1985) complètent l’exposition. Dans la même veine, les photographes Paul Graham, Taysir Batniji et Laura Henno occupent respectivement l’église des frères prêcheurs, la chapelle Saint-Martin du Méjan et la commanderie Sainte-Luce. Autant d’auteurs qui enrichissent de leurs points de vue notre regard sur la première puissance mondiale.

 

L’innovation et diversité. Le festival c’est aussi des rencontres entre les auteurs, les éditeurs et le public. Pour se faire, le festival propose depuis 2010 Le village des rencontres d’Arles, un espace de rencontres inédit entre amateurs, collectionneurs et professionnels présents durant les journées d’ouverture. Cette année, la soirée d’ouverture aura lieu le lundi 2 juillet. Au programme : projections, lectures et performances, qui seront données toute la semaine. Les journées ne seront pas en reste avec des débats et conférences autour de la photographie comme les rencontres Olympus, Nonante-neuf Talks ou Photo folio Review proposant des lectures de portfolio, ainsi que diverses animations telles que Embrassez-vous, le studio photo éphémère de Philippe Praliaud, des ventes aux enchères, stages de photographie et séances de signatures.

Si la faculté de rassembler des Rencontres photographiques n’est plus à prouver, nul doute que cette année encore elles sauront surprendre et faire vibrer le patrimoine arlésien.

 

 

Les Rencontres de la photographie d’Arles, du 2 juillet au 23 septembre 2018.

 

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