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Marion Cotillard, mère indigne dans « Gueule d’ange »

par Laura Coll
Cinéma Film Publié le 31/05/2018
En lice dans la section Un certain regard du 71e Festival de Cannes, "Gueule d’ange", long-métrage de Vanessa Filho, narre l’histoire d’une mère instable qu'incarne Marion Cotillard et les répercussions de son comportement sur sa fille de 8 ans, Elli.

Dès la première scène, le ton est donné. Marlène, mère immature incarnée par une Marion Cotillard métamorphosée en "cagole" blonde platine, rentre ivre rejoindre sa fille de 8 ans dans son lit. « Tu m’aimes ? » lui demande-t-elle de manière enfantine. « Et si j’me réveille pas demain ? » La fillette se veut rassurante : « j’ai mis le réveil ». Dès lors, on comprend que les rôles sont inversés et l’innocence mise à rude épreuve. « Tu veux pas me chanter une chanson pour me calmer ? » Protectrice, la petite Elli chantonne, comme une maman chanterait une berceuse à son enfant. La scène, dérangeante, laisse percevoir le déséquilibre et la toxicité de cette relation mère-fille. Le film dépeint le portrait d’une femme perdue et frivole, irresponsable autant que torturée, entrainant irrémédiablement Elli dans sa chute. Alcoolique, obnubilée par des émissions de tv réalité dont elle boit les paroles insipides, Marlène transgresse son rôle parental sans même sembler en avoir conscience.

 

La toxicité de la relation mère-fille. Un point de non retour semble être atteint lorsque la jeune mère célibataire emmène la fillette en boite de nuit. Une maman qui maquille sa fille de 8 ans, sa « gueule d’ange » comme elle se plait à l’appeler, non pas pour jouer mais « pour de vrai ». Le visage ainsi peinturluré dans un monde de nuit où une enfant n’a pas sa place, Elli est mise de côté. Elle ne quitte pas sa mère des yeux, semble l’idolâtrer et s’identifier à elle malgré ses frasques et sa vulgarité. Buvant les fonds de verre dans sa petite robe à paillettes, la fillette danse comme une femme, imitant la gestuelle de Marlène, sans réaliser que les regards sont braqués sur elle, passant du statut d’enfant innocente à enfant sexualisée. Une scène qui met en exergue l'atteinte aux conventions de la situation. Sa mère l’observe en train de danser, le regard empreint de dégoût et de jalousie.

 

Bimbos de Tv réalité. Marion Cotillard a pour habitude d’habiter littéralement les rôles qu’elle incarne. On se souvient notamment de son rôle dans La môme d’Oliver Dahan, un tournage pour lequel l’actrice s’était projetée elle-même dans ses derniers retranchements, au point de confier avoir dû recourir à l’exorcisme afin de se sentir dépossédée d’Edith Piaf. Une fois n’est pas coutume, pour Gueule d’ange la comédienne oscarisée s’est efforcée de s’imprégner de Marlène, personnage aux antipodes de l’image qu’elle véhicule. Pour ce faire, elle a confessé au magazine W avoir été censée visionner des émissions de tv réalité françaises, notamment Les anges de la télé-réalité, mais y a finalement renoncé « Je n’ai pas pu… J’ai trouvé cela beaucoup trop difficile à regarder ». Elle a finalement choisi l’alternative de s’abonner aux comptes Instagram des sœurs Kardashian, héroïnes américaines de leur propre show télévisé « Les Kardashian représentent tout ce que mon personnage rêve d’être. La vie de ces personnes qui deviennent célèbres en étant juste elles-mêmes ». Une voix et des attitudes qui rappellent la starlette de télé-réalité française Nabilla dont Marion semble en réalité s’être emparée : un manque de distinction entre sexy outrageux et féminité, une diction niaise aux voyelles exagérées, une langue française approximative pour une inculture assumée, tant d’éléments qui constituent l’étoffe d’une bimbo qui minaude et fait l’apologie du vide et de l’immaturité.

 

Tout dans la bande annonce. Gueule d’ange n’a remporté aucun prix au festival de Cannes, pourtant nommé dans la section Un certain regard. Il n’est pas sûr que cela soit dû au budget alloué. De la dualité entre une mère instable et une enfant en perte d’équilibre, le film donne envie d’en savoir d’avantage. Mais le scénario quelque peu distendu ne tient pas toutes ses promesses. Le film au ton dramatique peine à émouvoir véritablement et n’en dit pas beaucoup plus que la bande annonce.

 

Gueule d’ange de Vanessa Filho. Sortie en salle le 23 mai 2018. Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir, Amélie Daure.

 

 

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