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Quand l’art construit la « Mémoire de l’avenir »

par Pierre Magnetto
Margalit Berriet lors d'une conférence à 
l’institut Français de Kaboul en Afghanistan.©MDA
Margalit Berriet lors d'une conférence à l’institut Français de Kaboul en Afghanistan.©MDA
Du planning familial à la réforme des régimes matrimoniaux.©Mira/Naja
Du planning familial à la réforme des régimes matrimoniaux.©Mira/Naja
Sylvie Gravagna, un spectacle qui fait revivre de manière humoristique la marche des femmes pour l’égalité dans les années 50 et 60.©Mira/Naja
Sylvie Gravagna, un spectacle qui fait revivre de manière humoristique la marche des femmes pour l’égalité dans les années 50 et 60.©Mira/Naja
Hors-Champs Société Publié le 22/03/2018
Depuis 2002 l’association "Mémoire de l’avenir" utilise l’art pour mener des actions de médiation auprès de publics fragiles, contre les discriminations, les stéréotypes et les préjugés. Elle dispose également d’une galerie à Paris où elle organise chaque mois une exposition d’art contemporain sur des thématiques liées à ses préoccupations : l’égalité homme-femme en mars, la paix en avril.

Assise à un pupitre d’écolier, faisant face à l’entrée, elle accueille le visiteur avec un sourire de bienvenue. Margalit Berriet est la fondatrice et la présidente de Mémoire de l’avenir, association créée en 2002 à Paris avant d’ouvrir sa galerie d’art sur les hauteurs de Belleville en 2009. « Mémoire de l’avenir, c’est pour signifier que l’art est un moyen de construire notre propre mémoire et de construire l’avenir, c'est aussi un miroir de l'histoire de l'humanité » explique Margalit Berriet, elle-même artiste plasticienne. Le projet de l’association peut se résumer en quelques mots, « utiliser l’art comme un outil de médiation pour lutter contre les discriminations, les stéréotypes, les préjugés et proposer des outils pour vivre ensemble, pour vivre en paix ».

 

Des ateliers pour les publics marqués par la différence culturelle. L’association, qui regroupe des artistes contemporains français et internationaux, développe des actions sous forme d’ateliers en direction des enfants, des adolescents et des adultes, aussi bien en milieu scolaire que dans les centres sociaux ou dans les lieux de privation de liberté. Elle s’adresse à « un public en situation de fragilité sociale, économique ou culturelle, marqué par la différence culturelle ». « Pourquoi y a-t-il toujours autant de préjugés alors que nous sommes des êtres éduqués ? », se demande Margalit Berriet. « Réfléchir à ces questions, être un intellectuel ne suffit pas, il faut être actif et c'est ce que permet la pratique artistique ». Ces ateliers sont l’occasion d’engager avec les participants un travail de recherche et de réflexion sur le patrimoine culturel, l’histoire des migrations et les relations interculturelles. Cette première étape débouche alors sur un travail de pratiques artistiques pluridisciplinaires, accompagné par des artistes, et donne lieu à la production d’une œuvre individuelle et d’une œuvre collective. « Dans nos projets, la pratique artistique ne constitue pas une fin en soi. Elle sert de support à une réflexion sur le soi et les autres, sur l’identité individuelle et collective et permet d’ouvrir le dialogue interculturel » souligne l’association dans sa documentation. Elle mène aussi des actions à l’international notamment en Israël, d’où est originaire Margalit Berriet, et sur les territoires palestiniens.

 

Hommes-femmes, complémentaires, différents et semblables. De son côté, la galerie d’art propose chaque mois une exposition d’art contemporain accompagnée d’une performance artistique. En ce mois de mars marqué par la journée internationale des droits des femmes, Mémoire de l’avenir a choisi de questionner la relation entre les deux sexes, de poser le débat sur leurs complémentarités, leurs différences, leurs similitudes. « Sont-elles à l’intérieur ou à l’extérieur de nous-mêmes ? », interroge la présidente. L’expo, intitulée Madame je peux vous appeler monsieur ? – Je vous en prie monsieur, je vous appellerai donc madame, présente des œuvres de neuf artistes, femmes et hommes, de disciplines diverses. Installations, sculptures, photographies, vidéos : leur travail interpelle une société qui s’est organisée en séparant les sexes, en les hiérarchisant. Il interroge « la question du féminin-masculin, la place de la femme dans la société, tant dans la sphère privée que publique ».

 

La femme est-elle vraiment l’égale de l’homme ? Pour la performance, le 16 mars dernier, Margalit Berriet avait invité Sylvie Gravagna de la Compagnie un pas de côté, venue interpréter des extraits de son spectacle Une vraie femme. Ce dernier retrace avec humour à travers une succession de saynètes, l’histoire du féminisme et le combat des femmes pour l’égalité durant les années 50 et 60. L’auteure s’est nourrie de documents d’archives audiovisuelles pour écrire son texte. Par exemple, elle interprète le rôle de chacune des participantes à un débat télévisé organisé en 1966 suite à l’entrée en application de la réforme des régimes matrimoniaux votée l’année précédente, ayant permis aux femmes de pouvoir travailler et ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur époux. Le titre de l’émission : La femme est-elle vraiment l’égale de l’homme ?

 

Des Femen à l’art urbain. Plus de cinquante ans après cette émission, malgré les avancées, on ne peut pas dire que la question ne se pose plus, loin s’en faut. La seconde partie de soirée était consacrée à un documentaire sur le travail de Mahn Kloix, Femen, retour à la rue. Le film retrace la rencontre entre l’artiste de rue Mahn Kloix et le groupe Femen en France. Le street artist a réalisé des collages sur des lieux où les activistes féministes ont mené des actions pour le droit à l’avortement, le mariage pour tous, contre le racisme… les a photographiées avant qu’elles ne soient enlevées, puis les a confrontées aux témoignages des Femen Inna Shevchenko et Sarah Constantin. Que ce soit à travers ses actions auprès du public ou ses expositions, Mémoire de l’avenir utilise les arts comme un encouragement au dialogue interculturel et à la tolérance. Pieces 4 Peace, sa prochaine exposition, regroupera du 30 mars au 28 avril des œuvres réalisées par des jeunes du monde entier sur le thème de la paix, peintures murales, mosaïques, réalisées dans le cadre d'un programme d'éducation par l'art développé par l'association new-yorkaise CityArt.

 

Mémoire de l’avenir, 45-47 rue Ramponeau, 75020 Paris.

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