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Ralph Gibson, l’art photographique des années 70 en « Trilogie »

par Véronique Giraud
Image from The Somnambulist, 1970 © Ralph Gibson
Image from The Somnambulist, 1970 © Ralph Gibson
Image from The Somnambulist, 1970 © Ralph Gibson
Image from The Somnambulist, 1970 © Ralph Gibson
Image from Deja-Vu’, 1973 © Ralph Gibson
Image from Deja-Vu’, 1973 © Ralph Gibson
Arts visuels Photographie Publié le 23/11/2017
Retour au début des années 70 à travers l'œuvre de l'Américain Ralph Gibson, qui s'est lancé dans l'aventure de la photographie avec l'idée alors peu répandue que le photo-journalisme et l'image documentaire n'étaient pas ses seules fins, convaincu que le médium pouvait contenir un sens compris par tous, sans l'appui des mots. Un concept esthétique qui a pris la forme de livre d'auteur, la "Trilogie", dont chaque page anime magnifiquement les cimaises du Pavillon Populaire de Montpellier jusqu'au 7 janvier 2018.

« Lorsque je réalise une exposition, je tiens à montrer ce que je pense de la photographie. Lorsque je fais un livre, c’est afin de préciser mes idées à propos de mes photographies, et du dialogue qu’elles entretiennent entre elles ». C’est avec cette phrase de Ralph Gibson que s’achève une exposition inédite des œuvres du photographe américain, conçue par Gilles Mora pour le Pavillon Populaire à Montpellier, dont il est le directeur artistique.

Auparavant, on aura été saisi par la beauté et le grain de chaque image, heureux de ne pas y avoir perçu l’idée de série, trop répandue aujourd’hui, de ne pas être en présence d’un énième témoignage documentaire, convaincu enfin que pour dire il n’est pas nécessaire de tout montrer. Pour preuve ces portraits, que le cadre ou une ombre cache en partie. Pourtant cette bouche, cet œil, ce demi visage en disent beaucoup. Voilà pour le détail. Car les 150 photographies encadrées que présente l’exposition Ralph Gibson, la Trilogie 1970-1974 témoignent de l’incroyable travail éditorial de cet autodidacte passionné dès qu’il prit conscience de la nécessité du médium pour son existence. C'est en 1970 que Gibson décida de ne plus quitter son appareil photo. À cette époque, l'intense actualité politique et les conflits internationaux valorisaient le photojournalisme. En Europe, le monde intellectuel avait été ébranlé dans les années 60. La France allait passer du radicalisme déconstructif du Nouveau Roman à la Nouvelle vague. Gibson admirait le regard distancié et objectivé du monde, le confortant dans l'abstraction formelle, le refus du psychologisme et d'une narration chronologique.

Détails de corps et d’architecture, Ralph Gibson construit ses photos comme les pages d'un roman silencieux. Fort de son principe esthétique, il leur fait porter par la mise en page et le jeu d'échelle un (ou plusieurs) sens. Le premier des trois opus, intitulé The somnambulist, offre un voyage entre rêve et réalité. Qui est le rêveur ? Celui qui rêve ou celui qui montre le rêve ? Le souvenir des rêves ne devient-il pas réalité ? Le second opus, Déjà-vu, brouille encore les pistes. Là, la ligne est très présente, ligne de fuite, lignes parallèle, lignes convergentes, cible. Days at Sea, ultime ouvrage de la Trilogie, livre la nudité féminine, sa toison, ses courbes dessinées par la lumière, suggère la féminité fantasmée par des focus de jambes gainées de soie et coquettement chaussées…

Chacune des images produit un magnifique équilibre du noir et blanc, du plein et du grain, invente audacieusement et avec élégance. Il fallait de l’audace pour en concevoir des livres, ils nous parlent aujourd’hui encore et ce qu’ils nous disent de la photographie inspire une nostalgie inattendue.

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