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Tharlo, le berger tibétain tombé de sa montagne

par Pierre Magnetto
Seul sur la montagne avec ses chèvres, ses chiens et les loups qui rodent la nuit. ©ED Distribution
Seul sur la montagne avec ses chèvres, ses chiens et les loups qui rodent la nuit. ©ED Distribution
Dans le salon de la coiffeuse Yangshik Tso (Tharlo) et  Shide Nyima (la coiffeuse). ©ED Distribution
Dans le salon de la coiffeuse Yangshik Tso (Tharlo) et Shide Nyima (la coiffeuse). ©ED Distribution
Tharlo, un archétype pour Pema Tseden. ©ED Distribution
Tharlo, un archétype pour Pema Tseden. ©ED Distribution
La République populaire de Chine impose à ses ressortissant de posséder une carte d'identité. ©ED Distribution
La République populaire de Chine impose à ses ressortissant de posséder une carte d'identité. ©ED Distribution
Des paysages grandioses sous le souffle du vent. ©ED Distribution
Des paysages grandioses sous le souffle du vent. ©ED Distribution
Cinéma Film Publié le 10/01/2018
Avec "Tharlo le berger tibétain", Pema Tseden propose un film pessimiste, inscrit dans le contexte social et culturel du Tibet. Mais celui qui est considéré aujourd’hui comme le père du cinéma tibétain livre aussi un drame universel.

Pas de moulins à prières, pas de lamas ni de mantras, le Tibet de Pema Tseden n’est pas un site touristique. Son dernier film, Tharlo, le berger tibétain en est l’illustration. Dans ce Tibet où la Chine affirme sa toute puissance, les repères culturels semblent vaciller, et Tharlo va en faire la douloureuse expérience. A environ 40 ans, le berger qui mène une existence solitaire en haut de sa montagne, entouré de ses chèvres, de ses chiens et des loups qui rôdent la nuit, est convoqué au commissariat de police du village. La République populaire de Chine impose à tous les citoyens chinois de posséder une carte d’identité. Mais pour cela il faut une photo, et le berger va devoir se rendre à la ville pour se faire tirer le portrait. La ville, un monde qui lui est totalement inconnu, qu’il découvre sans en connaître les codes, les travers. Sa rencontre avec une jeune coiffeuse va briser sa vie.

Une succession de tableaux. Pas de compassion, pas de nostalgie dans ce film en noir et blanc, à la photographie remarquable par ses contrastes, par ses jeux d’ombre et de lumière, qui font planer une atmosphère pesante. Le film semble construit comme une succession de tableaux parfaitement composés dans les moindres détails, des plans fixes sans effet de zoom, sans mouvement de caméra tissant lentement la trame du récit. Des acteurs qui dialoguent dans le cadre, des paysages grandioses qui semblent figés sous une bande son où l’on n’entend que le souffle du vent dans la montagne. Le cinéaste a expliqué son parti pris : Tharlo « a grandi dans la montagne. C’est son cadre, ce qu’il connait. Quand il descend en ville, il sort de ce cadre - et je le traduis de manière littérale dans mon film- et devient étranger aux autres et à lui-même ».

Un archétype. « C’est une histoire qui pourrait arriver au Tibet comme ailleurs et qui possède une dimension universelle. Tharlo est un archétype qui permet à chacun de s’identifier à son parcours. Il est comme un immigré dans une ville inconnue, sans repère ", poursuit Pema Tseden. Tourné en 2015, le film a reçu trois nominations et récompenses : le Cyclo d’Or et le prix Inalco au Festival de Vésoul en 2016, le prix de meilleur réalisateur au Festival della Lessinia en 2016 et une sélection officielle au Festival de Venise en 2015. Cette reconnaissance internationale pour le quatrième long métrage du cinéaste n’a rien de fortuit. En 2012, le magazine canadien de cinéma Cinémascope le faisait figurer parmi les 50 meilleurs réalisateurs de moins de 50 ans.

Père du cinéma tibétain. Les films de Tseden ne sont jamais sortis en salle en France, seulement diffusés dans le cadre de festivals. Alors que rien ne le destinait à devenir réalisateur dans un Tibet qui n’avait jamais produit de cinéastes, Pema Tseden a d’abord commencé une carrière d’écrivain avant de réussir en 2002 le concours d’entrée à l’Académie du film de Pékin et d'être sélectionné pour son projet de film de fin d'études deux ans plus tard. Fortement influencé par l’iranien Abbas Kiarostami et le grec Théo Angelopoulos pour la lenteur de ses scènes et sa manière de travailler ses cadrages, il est aujourd’hui considéré comme « le père » d’un cinéma tibétain qui a vu depuis l’éclosion d’autres talents.

 

Tharlo le berger tibétain, de Pema Tseden, avec Shide Nyima et Yangshik Tso. Sortie en salles le mercredi 3 janvier 2018.

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